Le shortboard représente l’aboutissement de décennies d’évolution dans le design des planches de surf. Avec sa silhouette effilée et son profil nerveux, cette planche incarne la performance à l’état pur. Pourtant, derrière son image de planche ultime se cache une réalité souvent méconnue : le shortboard n’est pas fait pour tout le monde. Entre exigences techniques, conditions de vagues spécifiques et niveau requis, choisir un shortboard implique une compréhension approfondie de vos capacités et de vos objectifs. Cette planche de haute performance demande non seulement une maîtrise technique avancée, mais aussi une lecture précise des vagues et une condition physique irréprochable. Avant de franchir le pas vers ce type d’équipement, il est essentiel d’évaluer honnêtement votre niveau et de comprendre les implications d’un tel choix sur votre progression.
Caractéristiques techniques du shortboard : dimensions, volume et rocker
Le shortboard se distingue par des caractéristiques géométriques précises qui déterminent son comportement sur l’eau. Contrairement aux planches plus volumineuses, chaque centimètre compte et influence directement la performance. La compréhension de ces paramètres techniques constitue la base d’un choix éclairé.
Longueur optimale entre 5’6″ et 6’4″ selon votre gabarit
La longueur d’un shortboard varie généralement de 5’6″ à 6’4″ (168 cm à 193 cm), une fourchette qui peut sembler étroite mais qui offre en réalité des différences de comportement significatives. Pour un surfeur de 70 kg avec un bon niveau technique, une planche de 5’10 » à 6’0″ représente souvent le compromis idéal. Plus la planche est courte, plus elle réagit rapidement aux sollicitations, mais plus elle exige de précision dans les appuis. Un shortboard de 5’6″ conviendra aux surfeurs légers (moins de 65 kg) ou aux riders expérimentés recherchant une réactivité maximale dans des vagues creuses. À l’inverse, une longueur de 6’2″ à 6’4″ offrira davantage de stabilité et facilitera la prise de vitesse, ce qui peut s’avérer précieux lors de la transition depuis une planche intermédiaire. La largeur, généralement comprise entre 18″ et 19,5″ (46 cm à 49,5 cm), joue également un rôle crucial dans l’équilibre entre flottabilité et maniabilité.
Ratio volume-poids : calcul du litrage idéal pour la performance
Le volume, exprimé en litres, constitue sans doute le critère le plus déterminant dans le choix d’un shortboard. Pour un surfeur confirmé, le ratio optimal se situe généralement entre 0,35 et 0,40 litre par kilogramme de poids corporel. Concrètement, un rider de 75 kg visera un volume compris entre 26 et 30 litres. Ce calcul représente toutefois un point de départ qu’il convient d’ajuster selon plusieurs facteurs : votre fréquence de pratique, votre condition physique et le type de vagues que vous surfez régulièrement. Un surfeur sortant plusieurs fois par semaine pourra descendre jusqu’à 0,32 litre par kilo, tandis qu’un pratiquant occasionnel gagnera à privilégier 0,42 litre par kilo pour conserver suffisamment de flottabilité. Le volume influence directement la capacité à ramer efficacement et à prendre des vagues tôt, deux aspects fondamentaux même sur un shortboard haute performance. L’épaiss
L’épaisseur, enfin, doit être envisagée comme une réserve cachée de flottabilité : quelques millimètres supplémentaires peuvent transformer une planche trop technique en shortboard accessible au quotidien. Ne négligez pas la répartition du volume (sous la poitrine, sous le pied avant), car deux planches affichant le même litrage peuvent se comporter très différemment selon la façon dont ce volume est distribué.
Influence du rocker prononcé sur la maniabilité en vague creuse
Le rocker, c’est-à-dire la courbure longitudinale de la planche, est l’un des éléments clés qui distinguent un shortboard haute performance d’une planche plus polyvalente. Un rocker prononcé au nose permet au shortboard de s’inscrire plus facilement dans la face de la vague sans enfourner, surtout dans des vagues creuses et rapides. C’est ce qui vous autorise à partir plus tard, plus vertical, tout en gardant le contrôle sur les premiers mètres critiques.
En contrepartie, un rocker fort diminue la surface de contact avec l’eau lors de la rame et des sections molles. Résultat : vous ramez un peu plus fort et vous devez être plus actif pour générer de la vitesse, en pompant la planche et en jouant avec les sections de la vague. À l’inverse, un rocker plus plat facilitera le départ au planing et la prise de vitesse dans des vagues moins puissantes, mais vous demandera davantage de précision pour éviter l’enfournement dans le creux. L’enjeu consiste donc à trouver le bon compromis entre tolérance et radicalité, en fonction des vagues que vous surfez le plus souvent.
On peut comparer le rocker à la suspension d’une voiture de sport : plus il est “dur” et réactif, plus la planche collera à la trajectoire choisie dans des conditions engagées, mais moins elle pardonnera les erreurs et les placements approximatifs. Si vous venez d’un fish ou d’une hybride relativement plate, passer sur un shortboard avec beaucoup de rocker est un saut technique important à anticiper.
Configuration des dérives : thruster vs quad pour le shortboard
La configuration des dérives influence autant le comportement de votre shortboard que ses cotes. La configuration thruster (3 dérives) reste la plus répandue sur les shortboards modernes. Elle offre un excellent compromis entre accroche, stabilité et capacité à pivoter autour du point central. C’est la configuration idéale si vous travaillez vos manœuvres radicales – snaps, re-entries, rollers – ou si vous cherchez une planche “prévisible” dans toutes les situations.
Le montage quad (4 dérives) apporte une sensation de glisse différente, avec davantage de vitesse en ligne droite et une accroche accrue dans les sections très rapides. Sans dérive centrale, la traînée diminue et le shortboard accélère plus facilement, ce qui se révèle précieux dans les tubes et les vagues puissantes de reef. En revanche, les quads peuvent sembler moins “pivotants” pour certains surfeurs, notamment sur les manœuvres au lip très marquées. Si vous aimez tracer de longues courbes engagées et garder de la vitesse à chaque instant, un quad mérite d’être testé.
De nombreux modèles actuels proposent des boîtiers 5 dérives, vous permettant d’alterner thruster et quad selon les conditions. C’est une excellente option si vous ne possédez qu’un seul shortboard et souhaitez élargir sa plage d’utilisation. N’oubliez pas que la taille et la rigidité des dérives jouent aussi un rôle majeur : un set plus petit et plus souple rendra la planche plus joueuse, tandis que des dérives plus grandes et rigides augmenteront l’accroche et la stabilité à haute vitesse.
Niveau technique requis : duck dive, take-off tardif et transitions rail-to-rail
Choisir un shortboard implique d’accepter un certain niveau d’exigence technique. Là où un mini-malibu ou un longboard compense vos approximations par son volume et sa stabilité, le shortboard met immédiatement en lumière vos lacunes en rame, en placement et en timing. Avant de vous engager sur cette voie, il est donc essentiel de maîtriser quelques fondamentaux avancés : le duck dive, le take-off tardif et les transitions rail-to-rail.
Maîtrise du canard indispensable pour franchir les séries
Le duck dive (canard) est le geste qui vous permet de passer sous les vagues en shortboard lorsque la série casse devant vous. Sans un duck dive efficace, chaque session se transforme vite en séance de rame épuisante, surtout dans des beach breaks puissants. Un bon canard repose sur trois éléments : la vitesse d’approche, la profondeur de plongée et le timing de remontée. Votre shortboard, plus étroit et moins volumineux, est théoriquement idéal pour plonger… à condition que votre technique soit en place.
Concrètement, il s’agit d’enfoncer la planche en deux temps : d’abord en poussant fermement sur le nose avec vos mains, puis en appuyant avec le genou ou le pied arrière pour faire descendre le tail. Plus votre shortboard est fin et litré bas, plus cette action est “facile” mécaniquement, mais plus elle exige de force dans le haut du corps et de coordination. Si vous avez encore du mal à passer les mousses propres en canard sur une planche volumineuse, un shortboard ne résoudra pas le problème : il le rendra simplement plus visible.
Un bon repère avant de passer au shortboard est votre capacité à rejoindre le line-up dans des vagues d’1,20 m à 1,50 m sans être complètement épuisé, en enchaînant plusieurs duck dives consécutifs. Si vous sortez de l’eau après 30 minutes vidé de votre énergie, il vaut mieux continuer à travailler votre canard sur une planche intermédiaire avant de réduire le volume.
Synchronisation rame-pop up sur vagues abruptes et rapides
Le shortboard révèle tout son potentiel sur des vagues abruptes et creuses, mais ce sont aussi les conditions les plus punitives pour un take-off approximatif. La fenêtre de départ est plus courte, la vague se lève plus vite, et une seconde de retard suffit à transformer un take-off réussi en late drop incontrôlable. C’est pourquoi la synchronisation entre votre rame et votre pop up doit être quasi automatique, comme un réflexe.
Sur un shortboard, vous partez généralement plus tard et plus haut dans la pente de la vague qu’avec un longboard. Il faut donc accepter de vous engager davantage, en gardant le buste bas et le poids centré sur le pied avant dès le lever. Pensez votre take-off comme un mouvement fluide et unique plutôt que comme une suite d’étapes – quelques coups de rame puissants, un dernier coup plus profond, puis un pop up explosif sans hésitation. Si vous “regardez vos pieds” ou hésitez au moment de vous lever, le shortboard vous le fera payer immédiatement.
Un bon exercice consiste à travailler votre pop up à sec, puis dans de petites vagues semi-molles, jusqu’à ce que la séquence devienne instictive. Demandez-vous honnêtement : “Est-ce que je chute encore souvent au take-off alors que la vague était surfable ?” Si la réponse est oui, le passage sur un shortboard très tendu risque de frustrer votre progression plutôt que de l’accélérer.
Technique des virages serrés : bottom turn et cut back explosifs
Le shortboard est conçu pour transformer l’énergie de la vague en changements de direction rapides et puissants. Deux manœuvres structurent cette approche : le bottom turn et le cut back. Le bottom turn, c’est votre “coup de frein et d’accélérateur” en bas de vague : vous engagez le rail intérieur, transférez le poids sur le pied arrière et projetez la planche vers la partie la plus critique de la vague. Sans bottom turn solide, difficile de tirer parti de la nervosité d’un shortboard.
Le cut back, quant à lui, consiste à revenir vers la mousse après avoir pris de la vitesse sur l’épaule, afin de rester dans la zone de puissance. Sur un shortboard, ce virage se fait sur un rayon plus court, avec davantage d’appui sur les rails et les dérives. Il demande un bon sens du timing et un engagement franc : si vous survolez la manœuvre sans vraiment charger le rail, la planche décroche ou perd de la vitesse.
On peut comparer ces virages au carving en snowboard sur piste raide : plus votre planche est courte et rigide, plus elle peut tailler des courbes serrées… à condition que votre technique suive. Avant de passer au shortboard affûté, assurez-vous déjà de pouvoir effectuer des courbes appuyées sur un fish ou une hybride, en sentant clairement le rail “mordre” dans l’eau et la planche accélérer en sortie de virage.
Conditions de vagues adaptées au shortboard haute performance
Même le meilleur shortboard du marché ne donnera rien dans des vagues inadaptées. Ce type de planche est clairement pensé pour un certain type de conditions : vagues creuses, rapides, avec suffisamment de puissance pour générer de la vitesse sans forcer. Essayer de faire vivre un shortboard dans des vagues molles de 50 cm revient un peu à vouloir piloter une Formule 1 dans les embouteillages : frustrant et peu efficace.
Surf de reef break : hossegor, supertubos et backdoor pipeline
Les reef breaks et shore breaks puissants sont le terrain de jeu privilégié des shortboards haute performance. Sur des spots comme Hossegor (La Gravière), Supertubos au Portugal ou Backdoor Pipeline à Hawaii, la vague se dresse rapidement, forme un tube et offre une zone très précise de puissance. Dans ces conditions, vous avez besoin d’une planche qui colle à la face, réagit à la moindre sollicitation et accepte les late drops sans broncher.
Le rocker prononcé, les rails affûtés et un tail plus étroit permettent au shortboard de s’encastrer dans le creux de la vague et de garder le contrôle même lorsque la lèvre projette beaucoup d’eau. Le volume réduit vous aide également à rester “dans” la vague plutôt que “au-dessus”, ce qui améliore la sensation de contrôle à haute vitesse. C’est là que la plupart des shortboards signatures des pros prennent tout leur sens : ils sont pensés pour ces quelques secondes où tout se joue.
Est-ce à dire que sans reef break de classe mondiale, un shortboard n’a aucun intérêt ? Pas forcément. Mais si votre home spot propose surtout des vagues lentes et peu puissantes, vous aurez tout intérêt à opter pour un shortboard plus généreux en volume, voire un modèle hybride, afin d’élargir sa plage d’utilisation.
Beach break creusé : exigences en puissance et période de houle
Les beach breaks creusés peuvent offrir des conditions dignes des meilleurs reefs, à condition que la houle et les bancs de sable soient au rendez-vous. Dans ces configurations, le shortboard permet d’exploiter chaque section creuse, de se caler dans de petits tubes de plage et d’enchaîner des manœuvres au plus près de la lèvre. Cependant, ces spots sont aussi ceux qui sanctionnent le plus une rame approximative et un mauvais choix de volume.
Pour qu’un shortboard s’exprime pleinement sur un beach break, il faut réunir plusieurs paramètres : une houle avec une période suffisante (souvent au-delà de 9–10 secondes), un banc bien dessiné et une marée adaptée. Plus la période est longue, plus la vague concentrera son énergie au moment de casser, offrant la pente nécessaire à un surf radical. Une houle courte et désorganisée donnera plutôt des vagues molles et fermantes, peu compatibles avec un shortboard très tendu.
Si vous surfez principalement des beach breaks de type atlantique, pensez votre quiver en fonction des différentes combinaisons houle/marée. Un shortboard performant pourra être réservé aux jours où la houle est propre et bien rangée, tandis qu’un fish ou une hybride vous assurera du plaisir dans les vagues plus aléatoires, sans avoir l’impression de “pousser de l’eau” à chaque take-off.
Taille de vagues idéale : 1 à 3 mètres pour exploiter le potentiel
La plupart des shortboards modernes sont optimisés pour des vagues comprises entre 1 et 3 mètres (soit environ entre épaule et un peu au-dessus de la taille d’homme, jusqu’à deux fois la taille). En dessous d’1 mètre, un manque de puissance se fait souvent sentir, surtout si le banc ou le reef n’est pas particulièrement creux. Dans ces conditions, un fish ou une board plus volumineuse vous offrira plus de vagues et plus de vitesse.
Entre 1,20 m et 2 m, le shortboard devient un véritable scalpel : vous pouvez partir plus tard, attaquer la lèvre, chercher le pocket et multiplier les variations de trajectoire. Au-delà de 2 m–2,50 m, tout dépend du shape de votre planche et de votre expérience en surf de vagues puissantes. Certains modèles “step up” restent des shortboards par leur outline, mais avec plus de longueur et un peu plus de volume pour assurer la tenue à haute vitesse et la rame dans le courant.
Demandez-vous honnêtement : combien de jours par an sur mon spot offrent des vagues de plus d’un mètre bien formées ? Si la réponse est “très peu”, investir dans un shortboard ultra-radical comme planche unique n’est probablement pas la meilleure option. En revanche, si votre home spot bénéficie régulièrement de houles consistantes, avoir un shortboard adapté à ce créneau de 1 à 3 mètres transformera vos meilleures sessions.
Impact du vent offshore sur la radicalité des manœuvres
Le vent offshore – qui souffle de la terre vers la mer – est l’allié naturel du shortboard. Il “tend” la surface de la vague, retarde la cassure et creuse le mur d’eau, créant ce fameux effet de vitre qui permet des trajectoires plus précises et des manœuvres plus radicales. Dans ces conditions, un shortboard bien réglé se comporte comme sur un rail, autorisant des montées verticales au lip et des re-entries explosifs.
À l’inverse, le vent onshore rend la face de la vague hachée et irrégulière. Le shortboard, avec son faible volume et sa surface réduite, a plus de mal à conserver de la vitesse dans ces sections perturbées. Vous devrez pomper davantage, accepter quelques décrochages et adapter vos trajectoires, ce qui peut rapidement devenir frustrant si vous n’avez pas un niveau très solide. Une planche un peu plus large et plus volumineuse pardonnera davantage ces conditions imparfaites.
En résumé, si vos sessions se déroulent principalement tôt le matin ou tard le soir, lorsque l’offshore domine, le shortboard prend tout son sens. Si vous surfez surtout en milieu de journée dans un vent onshore établi, vous aurez plus de plaisir – et plus de vagues surfées – avec un shape plus tolérant.
Comparaison avec le fish, l’hybride et le mini-malibu selon votre progression
Pour savoir si le shortboard est le bon choix pour votre style de surf, il est indispensable de le comparer aux autres types de planches que vous êtes susceptible de surfer. Fish, hybride, mini-malibu… chacun de ces shapes répond à un moment précis de votre progression et à un style de glisse particulier. Comprendre ces différences vous évite de brûler les étapes et d’investir dans une planche qui freinera votre progression.
Le fish se caractérise par un outline plus large, un tail en swallow et un volume souvent supérieur à celui d’un shortboard de même taille. Il excelle dans les petites vagues molles de 50 cm à 1,20 m, où il génère facilement de la vitesse même sans une grande puissance de houle. Pour un surfeur intermédiaire, c’est souvent la première planche “plus courte” idéale : elle permet d’apprendre à jouer avec les sections, à utiliser les rails, tout en gardant de la facilité à la rame.
La planche hybride mélange des caractéristiques de shortboard (nose plus pointu, rails plus fins) et de fish ou funboard (largeur et volume plus généreux). Elle représente un excellent compromis pour les surfeurs en transition, qui veulent goûter à la réactivité d’un shortboard sans sacrifier totalement la tolérance. Beaucoup de surfeurs intermédiaires surfent d’ailleurs principalement des hybrides modernes, qui couvrent une large plage de vagues de 0,80 m à 1,80 m.
Le mini-malibu, enfin, reste la planche la plus adaptée pour consolider les bases : take-off, placement, trajectoire bas/haut, lecture de vague. Avec sa longueur plus importante et son volume confortable, il permet de prendre beaucoup de vagues par session, ce qui est indispensable pour progresser. Pour la majorité des surfeurs, le chemin logique ressemble à ceci : mini-malibu → fish ou hybride → shortboard, une fois que la maîtrise technique et la condition physique sont au rendez-vous.
Shapers de référence : channel islands, pyzel et lost pour débutants en shortboard
Si vous êtes prêt à passer sur un shortboard, la question suivante se pose rapidement : vers quelles marques et quels modèles se tourner pour un premier shortboard “raisonnable” ? Certaines grandes signatures comme Channel Islands, Pyzel ou Lost ont développé des modèles spécifiquement pensés pour cette phase de transition. Ils conservent l’ADN performance de la marque, mais avec un peu plus de volume, de largeur ou de tolérance.
Ces shortboards de transition ne sont pas des “planches d’école” au sens classique du terme. Ce sont de vrais shortboards, capables de performer dans de belles conditions, mais dont le shape a été adouci pour accompagner votre progression plutôt que de la bloquer. Ils représentent une excellente porte d’entrée dans l’univers du shortboard sans tomber dans le piège du pro-model trop radical.
Al merrick rookie 15 : modèle de transition vers le shortboard
Chez Channel Islands, le Rookie 15 est souvent cité comme un modèle de référence pour les surfeurs souhaitant passer d’une planche intermédiaire à un shortboard plus affûté. Inspiré des planches de compétition, son outline a été légèrement adouci, avec un peu plus de largeur au nose et au tail, ainsi qu’un volume mieux réparti sous la poitrine pour faciliter la rame. Résultat : une planche qui reste nerveuse, mais plus accessible qu’un pur pro-model.
Le rocker du Rookie 15 est modéré, ce qui lui permet de partir relativement tôt tout en gérant des take-offs engagés. C’est une planche qui fonctionne très bien dans des vagues de 1 m à 2 m, sur beach break ou reef, pour peu que la vague ait un minimum de creux. Si vous venez d’un fish ou d’une hybride et que vous cherchez une première “vraie” shortboard sans vous retrouver complètement à la rue, ce type de shape fait partie des options les plus cohérentes.
Pyzel gremlin : volume ajouté et outline facilitant l’apprentissage
Chez Pyzel, la Gremlin est une excellente illustration de shortboard moderne pensé pour le surfeur du quotidien. Plus courte et plus large qu’un shortboard classique, avec un nose plus plein et un tail généreux, elle offre beaucoup de portance et de facilité de rame, tout en conservant une vraie capacité de manœuvre. On pourrait la décrire comme un “shortboard vitaminé” pour vagues moyennes à petites.
La Gremlin accepte volontiers quelques litres supplémentaires par rapport à un shortboard standard, ce qui en fait une candidate idéale pour votre premier pas vers des planches plus courtes. Vous profitez déjà d’une sensation de nervosité, de transitions rail-to-rail rapides et de turns serrés, mais sans la sanction immédiate d’un shortboard très tendu au moindre retard de rame. C’est une très bonne option si votre spot propose souvent des vagues de 80 cm à 1,50 m avec des sections parfois molles.
Lost RNF redux : alternative polyvalente au shortboard traditionnel
Chez Lost, le RNF Redux (version modernisée du mythique Round Nose Fish) incarne parfaitement cette idée de passerelle entre fish et shortboard. Son outline rond à l’avant, combiné à un tail en swallow et un rocker relativement modéré, en fait une planche extrêmement polyvalente. Elle se surfe plus courte qu’un shortboard classique, avec plus de largeur et de volume, ce qui facilite grandement la rame et la prise de vagues.
Dans l’eau, le RNF Redux offre ce mélange très recherché de vitesse facile dans les sections molles et de maniabilité suffisante pour envoyer des manœuvres appuyées lorsque la vague se creuse. Pour un surfeur intermédiaire solide, c’est souvent la planche “daily driver” parfaite, capable de gérer 80 % des conditions rencontrées. Elle n’est peut-être pas le shortboard le plus radical pour les jours parfaits, mais c’est une alliée précieuse pour construire une base technique solide avant de passer sur des shapes plus extrêmes.
Erreurs fréquentes : sous-volumage et choix prématuré du shortboard
Deux erreurs reviennent sans cesse chez les surfeurs attirés par le shortboard : choisir une planche trop petite et trop peu volumineuse, et passer au shortboard bien avant d’avoir consolidé les bases sur des planches plus tolérantes. Ces deux pièges ont un point commun : ils ralentissent votre progression tout en diminuant votre plaisir à l’eau. Or, l’objectif d’un bon shortboard devrait être exactement l’inverse.
Le sous-volumage est probablement la faute la plus répandue. Poussé par l’image des pros et des réseaux sociaux, on a tendance à viser des volumes et des longueurs dignes du World Tour, alors que notre fréquence de surf et notre condition physique n’ont rien à voir. Une planche trop peu volumineuse rend chaque take-off plus difficile, fatigue plus vite à la rame et réduit drastiquement le nombre de vagues surfées par session. À terme, c’est votre progression qui en souffre : moins de vagues = moins de répétitions = moins d’amélioration technique.
Un bon indicateur est le suivant : si vous sortez de l’eau frustré parce que vous avez vu plus de vagues que vous n’en avez surfé, ou si vous êtes systématiquement le dernier à partir alors que vous êtes bien placé, il est probable que votre shortboard soit sous-litré. Dans le doute, mieux vaut quelques litres de plus que quelques litres de moins, surtout si vous n’êtes pas à l’eau tous les jours. Vous ne perdrez presque rien en maniabilité, mais vous gagnerez énormément en fréquence de vagues et en confort.
Le second écueil est le choix prématuré du shortboard. Passer sur une planche radicale alors que votre take-off, votre placement et vos trajectoires de base ne sont pas encore acquis revient à apprendre à conduire sur une voiture de rallye : spectaculaire sur le papier, beaucoup moins dans la réalité. De nombreux surfeurs intermédiaires stagnent des années parce qu’ils ont adopté un shortboard trop tôt, se condamnant à des sessions frustrantes où chaque erreur est sanctionnée par une chute.
Avant de franchir le cap, posez-vous quelques questions honnêtes : prenez-vous régulièrement des vagues au pic, même dans des conditions un peu plus solides ? Êtes-vous capable de faire un bottom turn contrôlé et de revenir vers la partie critique de la vague, plutôt que de filer tout droit vers le bord ? Pouvez-vous passer les mousses avec un duck dive correct sans finir à bout de souffle ? Si la réponse est non à plusieurs de ces questions, prolonger un peu le temps passé sur un fish, une hybride ou un mini-malibu sera le meilleur investissement pour votre surf à long terme.
En fin de compte, le shortboard est un formidable outil de progression et de performance, à condition de l’aborder au bon moment, avec le bon volume et dans les bonnes conditions de vagues. Utilisé trop tôt ou mal dimensionné, il devient l’inverse : un frein, voire une source de découragement. Prenez le temps d’analyser honnêtement votre surf, vos spots et votre fréquence de pratique, et choisissez une planche qui vous permettra de surfer plus souvent, plus longtemps… et avec plus de plaisir.